pour 10 danseurs et orchestre baroque (31 instrumentistes).
Direction musicale : Hervé Niquet
Chorégraphie : Nathalie Pernette
Pour cette 17e édition c'est la danse qui est mise à l'honneur puisque l'Académie y sera entièrement consacrée pour la première fois.
Renouant avec cette liberté toute baroque de se saisir d'une partition pour tel ou tel effectif, d'adapter une oeuvre pour une circonstance particulière, l'Académie baroque européenne d'Ambronay a proposé à Hervé Niquet de concevoir une trame haute en couleur à partir des entrées des Indes galantes pour réaliser nos propres "Indes dansantes" de ce début du XXIe siècle. Un fin équilibre entre la partition d'origine aux timbres exquis et l'intégration de pages vocales et chorales dans des transcriptions instrumentales que la direction d'Hervé Niquet, spécialiste de la musique française, est à même de sublimer. Une démarche artistique, musicale, impertinente et soucieuse de musicologie à la fois, qui trouve son pendant dans l'écriture audacieuse et inventive de la chorégraphe contemporaine Nathalie Pernette.
Les Indes Dansantes d'Hervé Niquet
"Nous avons décidé d'associer le travail de l'orchestre baroque à la danse, uniquement à la danse... sans chanteurs...
La rencontre avec la quarantaine d'étudiants instrumentistes lors de l'Académie Baroque Européenne d'Ambronay que j'ai dirigé il y a deux ans m'a été très fructueuse : cela m'a confirmé que le métier d'instrumentiste d'orchestre est véritablement un métier à part entière, et qu'il se devait d'être enseigné. A mon goût, cet apprentissage se fait trop sur le tas, sans préparation à une pratique professionnelle. J'ai pu, lors de ce mois et demi passé en vase clos, leur montrer les usages et conventions, les manières de concentration et d'économie d'énergie, et un chemin pour vivre musicalement ensemble. J'ai eu le plaisir de retrouver et d'engager certains des musiciens formés lors de cette Académie. Bien d'autres sont disséminés dans les orchestres européens : j'en suis très fier!
Le génie de Rameau nous permet d'aborder toutes les difficultés et angoisses liées aux exigences qu'il a de l'orchestre : c'est le meilleur terrain d'exercice ! Partition dévolue aux plaisirs, « Les Indes galantes » recèlent tout ce qu'un instrumentiste spécialisé en musique baroque doit savoir sur le répertoire français du XVIIIe siècle. Passer un mois sur cette partition avec un orchestre d'étudiants me semble plein de promesses... D'autant plus que nous pratiquerons une forme de lecture qui, pour courante qu'elle fut à l'époque, n'est plus usité actuellement.
En effet, nous avons décidé d'associer le travail de l'orchestre baroque à la danse, uniquement à la danse... sans chanteurs... Comment cela est-il possible ? Tout simplement en orchestrant les choeurs et les airs de solistes selon un procédé en usage au XVIIIe siècle. Il n'y avait à l'époque ni CD, ni radio et, ma foi, les mélomanes souhaitaient tout de même entendre les ouvrages à la mode, même sans chanteurs. Outre les ballets, prévus bien sûr pour la danse, vous pourrez entendre choeurs et grands airs qui mettront en avant le talent des solistes et la sonorité purement instrumentale de grandes pages vocales."
Les Indes dansantes de Nathalie Pernette
Les Indes galantes m'apparaissent comme une succession de vignettes multicolore...
DES IMPRESSIONS
"Les Indes galantes m'apparaissent comme une succession de vignettes multicolores - des actes détachés - sans rapport apparent, si ce n'est une sorte de voyage autour du monde mêlant héroïsme, «exotisme» et goût du spectaculaire.
La deuxième permanence est évidemment la musique de Rameau ; complexe, finement diversifiée et globalement plus légère que la majeure partie de l'oeuvre du compositeur.
Une oeuvre «à tricoter» avec le mouvement."
TROIS ENTRÉES POUR UNE CRÉATION
"Je souhaite pouvoir mener en parallèle trois formes différentes de recherche et d'exploration.
La première concerne le rapport à la musique (et au silence), la deuxième les fonctions de la danse et la troisième l'influence du costume sur le mouvement.
Trois domaines d'intérêt à combiner ou dissocier selon les cas, dans les partis pris chorégraphiques des quatre suites de l'oeuvre, pour un spectacle diversement coloré, énergique et contrasté... Un voyage dans un monde et des cultures imaginaires.
Jouer avec la partition.
C'est la dimension la plus abstraite.
(Une relation charnelle et tout à la fois très pensée avec la musique vivante et les partitions du répertoire ; amorcée avec Le sacre du Printemps et Suites, poursuivie avec Délicieuses et La Flûte Enchantée.)
Il s'agit de considérer l'œuvre musicale comme un partenaire avec lequel on joue, en accord, opposition ou complémentarité ; de "tricoter" les notes au mouvement avec esprit ludique et légèreté.
- Danser "contre" ou "avec" une musique.
- S'appuyer sur les différentes composantes d'une partition et voyager de l'une à l'autre.
- Laisser résonner un morceau en soi pour lui trouver une réponse intime.
- Composer avec le silence et le bruit produit par le corps : frappes, claques et glissements par rapport au sol, à la peau, à l'objet et émergence possible de la voix. (Une partition supplémentaire à accorder avec la musique originale ou à laisser émerger dans une zone de silence !)
Les fonctions de la danse.
Est ce l'âge ? Un bilan nécessaire après dix-huit ans de carrière ? Une envie de sens, de retour aux sources ? Je ne sais pas, mais je me questionne aujourd'hui sur les origines de la danse...
Pourquoi danse-t-on ?
Les Indes Galantes peuvent être l'occasion de mener une recherche sur les différentes motivations et fonctions de la danse, puis d'y trouver un chemin, une réponse personnelle qui n'exclut pas les citations.
Entrer en relation avec une autre dimension, dieu, esprit ou défunt ; exorciser un "mal", parader pour le sexe opposé, se préparer au combat, à la chasse, en s'approchant de l'âme de tel ou tel animal ; fêter un événement, victoire, union, naissance, fête nationale !
L'ensemble de l'œuvre musicale peut être l'occasion de rejouer, à notre manière, un certain nombre de danses d'ailleurs, de rituels, une série d'épreuves en mouvement....
Un voyage dans un monde et des cultures imaginaires...
Le costume, empêchement et prolongement.
Je suis depuis plusieurs années intéressée par le cadre, la contrainte, voire l'empêchement. Accessoires, matières, scénographie peuvent ainsi limiter, cerner et enrichir une proposition. "L'étude du monde" que représentent pour moi Les Indes Galantes s'accompagne d'une possible étude de costumes traditionnels.
Coiffes, manteaux, robes, bijoux... Autant de sources d'inspirations, d'extrapolations et d'exagérations pour des tenues bigarrées, contraignantes... et inspirantes."