Notre site utilise des cookies nécessaires à son bon fonctionnement. Pour améliorer votre expérience, d’autres cookies peuvent être utilisés : vous pouvez choisir de les désactiver. Cela reste modifiable à tout moment via le lien Cookies en bas de page.


 

Elma Mickaël

Mickaël ELMA naît dans une île, un bout de France au loin . Cette précision territoriale n’est pas anodine lorsqu’on approche les motivations de l’artiste et sa création . Il grandit dans un espace social porté par un élan d’adaptation impulsé par le nouveau statut départemental de l’île de La Réunion. Il quittera le cocon familial pour quatre années dans un internat militaire . Cette étape sera cruciale, car c’est dans ce cadre qu’il rencontrera l’enseignant qui le fera se réorienter vers l’art .

Mickaël ELMA arrive à Marseille en 1977 pour rentrer à l’école des Beaux-Arts de Luminy .

Il ira jusqu’au bout de ce cursus et fera ses cinq années d’étude à Marseille, avec une césure d’un an à La Réunion pour remplir ses obligations militaires . Les deux premières années l’auront transformé pour avoir vécu autrement ce qu’on perçoit de loin : la force des organisations sociales, la lutte des féministes entre autres . Il s’en sera emparé lui-même pour obtenir le respect de la trilogie républicaine dans les murs de la caserne .

En 1981 revient alors à Marseille une personnalité capable de s’engager qui reprend le chemin de Luminy .

Aux Beaux-Arts, le corps enseignant est constitué de personnalités fortes ( école support / surface ) aux méthodes d’enseignement régit par la pensée marxiste poussant à faire table rase. Mickaël ELMA reste méfiant, considérant le peu de son île, et la richesse des siècles de la France continentale, se dit que pour faire table rase il faut d’abord que la table soit bien remplie . Cette conscience d’un être d’ici et d’ailleurs ne donne encore aucun fruit sur le plan artistique . Ce n’est cependant pas une période de doute neutralisant, mais plutôt le temps d’acquérir la certitude que cette identité double est une richesse .

C’est alors dans les noirs profonds de la gravure que sa sensibilité cherche à s’élargir , car c’est à cet art et à celui du dessin que s’adonne Mickaël ELMA . Jusqu’en 1983 il accumulera une expérience qui le délivrera du poids de la technique qu’on lui assure être excessive dans cet art . Pendant ces trois années il se sera montré curieux de ce que faisait les autres étudiants, entendu, écouté un enseignement qui poussait à l’expérimentation, et en fréquentant régulièrement la bibliothèque se sera façonné une ouverture d’esprit .

A la sortie de l’école il ajoutera la peinture à sa pratique artistique . Il lui faudra quelques années pour amener la peinture au niveau de sa gravure . Elle participera pleinement des moyens par lesquelles s’affirmera une sensibilité assiégée par les questions existentielles . Sa production artistique témoignera alors d’un tremblement mystique .

En 1986 il réalisera une exposition à La Réunion qui passe totalement inaperçu .

En 1987 il termine une suite de gravures intitulée : « Genèse » . Cette suite témoigne d’un regard porté vers les étoiles, et la profondeur cosmique . Dans une société qui se montre incapable d’endiguer les instincts archaïques qui ordonnent le rapport à l’Aute, l’artiste cherche une échappatoire vers le haut .

En 1994 lors d’une exposition de groupe organisée par le FRAC de LA Réunion il renouvelle sa création . Les formes symboliques et abstraites des questionnements ontologiques trouvent des repères plus substantiels et situés . Son identité créole de français dévoile ses couleurs . Menant un travail sur l’architecture de La Réunion, il en vient à réécrire la formule de Adolf LOOS et affirme : « l’ornement est un chant » .

Il fait évoluer sa peinture et travaille le concept de « chair du monde » qui envisage l’humanité comme un corps et les différentes cultures comme les organes de ce corps . La sculpture s’ajoute à ses moyens d’expression dans un aspect d’architecture .

Mickaël ELMA dépasse l’affirmation de sa culture d’origine, et travaille la dimension mythique pour envisager la vision créole au-delà des limites insulaires pour la projeter au niveau de l’humanité .

Depuis 2011 l’histoire de l’art, à travers la figure de Dürer, est un nouveau champ qui lui permet d’exprimer la créolisation .

De fait en faisant cohabiter plusieurs formes il se veut l’artiste de la Diversalité . Un artiste « banian », cet arbre qui semble se déplacer et se joindre à d’autres .

Mickaël ELMA a affirmé à un de ses homologues en réponse au constat de sa discrétion, qu’il était lui-même une île . A une époque où l’artiste entrepreneur est présenté comme un modèle qui serait un moteur efficient pour la société, il se révèle un artiste qui expose peu . Pourrait-on considérer cela comme l’empreinte de son île sur sa personnalité ? Dans les profondeurs de l’île des forces chtoniennes travaillent à accumuler des énergies puissantes propres à agrandir sa géographie par d’aléatoires et spectaculaires  éruptions . De même l’artiste plutôt qu’à être en quête permanente pour se montrer, travaille-t-il plus à densifier sa sensibilité, et à acquérir de la puissance créatrice .

Modifié le jeudi 30 mai 2013